Une purge. Une saignée. Pour elle s’était pareil. Une sorte de purification sacrificielle. Elle devait se sacrifier pour se purifier. Comme les femmes tentatrices qui demandaient à se faire faire une trépanation pour chasser le diable de leurs corps. C’était exactement ça. Elle avait le diable en elle. Elle n’était pas particulièrement croyante mais ça l’aidait à aller plus loin. Il lui fallait une représentation physique de ce mal qu’elle avait partout en elle. Elle d’ailleurs établie des menus très strict à fin de faciliter le renvois de ces poisons par la cuvette des WC. Elle effectuée jusqu’à plusieurs heures de sport par jour, le ventre vide, chancelante, à la limite de l’évanouissement. Elle se pesait matin et soir pour voir si elle avait perdue dans la journée. Son pire cauchemar était les repas en famille. On vous gave et on vous gave sans cesse et on reste assit, inactif… Heureusement qu’elle pouvait faire des visites aux toilettes pour délester au fur et à mesure. Il était à présent certain que son estomac avait rétrécit. Lorsqu’il lui arrivait de manger trop, ce qui correspondait à une dose moyenne de nourriture pour quelqu’un de « normal », elle se sentait sur le point de vomir et était atrocement pleine. Cette sensation la répugnait au plus haut point. Elle évitait de se retrouver dans ce genre de situation le plus possible.
Sa mère remarquait passivement qu’elle perdait du poids. Son père, par contre, qui ne la voyait pas souvent, remarquer d’une manière plus choquante. Abbigail avait les techniques à peu près rôdées de ce côté-là. Vêtements larges, plusieurs couches de vêtements, reprendre du plat mais doublement vomir après… Se maquiller à outrance pour cacher le teint terne, gris… Cacher les cernes et les joues creusées… Elle se sentait mourir et vivre en même temps. Comme si son rêve d’idéal méritait un sacrifice de mort. Tant pis, elle mourrait pour ça.
Nue devant la glace, elle n’avait pas fière allure du tout. Les os de ses hanches ressortaient et laissaient un vide entre eux deux. Là où il y aurait eu un ventre, il n’y avait rien. Comme si un trou noir intérieurement creusait sans cesse et mangeait l’espace. Ses côtés ressortaient à présent magnifiquement bien, faisant contraste avec le ventre plat. Ses seins avaient diminués de taille. Ses bras étaient fins au niveau des muscles et les articulations, ne pouvant maigrir, ne faisaient que rendre plus évident encore sa maigreur. Enfin, son cou laissait paraître ses veines et ses artères. Elle ressemblait à un squelette auquel on aurait donné une simple peau. Elle ne ressemblait plus à ce qu’elle était avant. Elle était infiniment plus belle de son point de vu. Infiniment plus malade d’un autre… Mais les autres, c’était le mal… Il ne fallait pas les écouter.