La cacophonie du matin [Claire]



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 La cacophonie du matin [Claire]

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MessageSujet: La cacophonie du matin [Claire]   Lun 11 Oct - 8:33
Les tentes de fortune s’enchaînaient sur la plage. Elles étaient faites avec des morceaux de carcasse du précédent avion. Ils allaient certainement réquisitionner le nouvel appareil pour agrandir le petit camp. Joy observait attentivement les constructions pour pouvoir refaire pareil. En fait le principe était simple : un morceau de carcasse, un tronc ou un piquet solidement planté dans le sol soutenait la structure. Ensuite du principal soutient on tissait des cordages pour tendre une bâche à fin de se protéger de la pluie et du soleil sûrement. Mais Joy grimaçait déjà : elle aurait besoin d’aide. Elle n’était pas une pro de la survie en milieu hostile non plus. Elle devrait donc faire la comédie : exagérer ses difficultés au moment de faire son abri pour apitoyer les gens à fin qu’ils viennent l’aider et qu’elle n’ai pas à ouvrir la bouche.

Elle observa attentivement la jungle. Elle s’enfonçait très très long vers la montagne qui surplombait les environs. Elle montait incroyablement haut et elle était accompagnée d’autres petites sur ses côtés. Elles semblaient presque entourer la plage où ils se trouvaient. Joy aurait bien voulu voir ce qu’il y avait derrière. Elle aurait bien voulu visiter cet endroit si ça avait été dans un autre contexte. Comme ces villes sympathiques du tiers monde. En tant que touriste, c’est forcément plus attrayant lorsqu’on sait qu’on va rentrer chez soi après.

Mais là, Joy regardait les anciens survivants comme l’agonie de son espoir de retour. Elle trouvait ça infiniment déprimant de se dire qu’elle allait sûrement terminer sa vie ici. C’était cruel. Elle avait fait tout ça pour rien. Pour atterrir sur cette île minable et finir en une sorte d’amazone dans une jungle étrange. Les anciens survivants, d’ailleurs, ne semblaient pas excessivement étonnés de voir un deuxième avion s’écraser. Déjà que la chance de deux crashs aériens la même année était une sacrée coïncidence, mais sur la même île ! Cette réflexion conduit la jeune fille dans une direction étrange, qu’elle n’avait jamais envisagé auparavant : elle était morte et ça, c’était l’enfers. Ou tout autre entité possible correspondant à l’enfer chrétien. Pour l’instant, personne d’autre ne lui avait fournit de solutions plus probables.

Autour d’elle, ça s’activait. Les gens courraient à droite et à gauche pour s’occuper des blessés. Elle n’avait eu que quelques égratignures à droite et à gauche. Et ça, c’était sans doute le plus troublant. En se réveillant elle avait cru ne plus avoir de membres, de n’être qu’une tête toute seule tombée mollement sur le sol, ou ayant roulé hors de l’avion pour se heurter à un arbre. Mais non. Elle avait lentement bougé, accusant des douleurs à ses hématomes bien rouges à présent. Elle avait eu deux ou trois bleus sur le visage et des coupures.

Elle s’assit un peu à l’écart, sur le sable et considéra l’activité débordante du camp. Les gens faisaient connaissance, heureux tout de même de voir que les choses ne seraient pas si difficiles qu’on l’avait pensé. Ils étaient contents de savoir qu’on pouvait survivre sur cette île même si ils dissimulaient mal leur déception concernant l’absence de secours pour la première « vague » de survivants.


* Frack… That’s definitely gonna be hell…*
- Ça va vraiment être l’enfer ici… -

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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Mar 12 Oct - 21:08

Un nouveau jour s'était levé sur le Pacifique et l'effervescence animant la plage en ce début de journée n'avait pas tardé à sortir Claire de ses rêves. En émergeant de la torpeur d'une énième nuit tropicale, la jeune femme eut l'étrange impression d'avoir déjà passé des décennies sur cette île. A l'instar des autres survivants, la vie qu'elle menait avant le 22 septembre 2004 lui paraissait désormais bien lointaine et les souvenirs qu'elle en conservait tendaient à perdre de leur vivacité et à approcher le stade de réminiscences. Dans sa mémoire, les contours des visages et le timbre des voix des personnes qu'elle côtoyait régulièrement dans sa vie "d'avant" devenaient de plus en plus incertains. La jeune femme ne parvenait plus à se rappeler spontanément de la teinte exacte de la peinture des murs de son salon, de l'odeur du parfum de sa tante ni du goût de sa pizza préférée. Elle se déconnectait progressivement et chaque jour davantage de la réalité, de l'autre réalité. Au fil des semaines, l'adrénaline et l'espoir avaient laissé place à la résignation et la routine. Il ne lui arrivait désormais plus de se réveiller persuadée d'être dans les draps de son appartement de Sydney. Elle vivait désormais dans la chronicité et non plus dans la crise.

Bien évidemment, le récent crash avait apporté son lot de bouleversements et avait renvoyé tous les anciens passagers du vol Oceanic 815 trois mois plus tôt, les obligeant à affronter à nouveau ce qu'ils avaient vécu le jour du drame. Les cris, le sang et l'odeur putride des cadavres avaient à nouveau envahi la plage. Tout était à refaire. Toutefois, voir de nouveaux survivants débarquer sur l'île n'avait fait que renforcer leur impression d'être coincés ici depuis des siècles. Aux yeux des nouveaux venus, ils devaient probablement passer pour des vétérans de la survie. Cette pensée fit légèrement sourire la jeune femme.

Claire passa une main dans sa longue chevelure blonde, jeta un œil sur Aaron qui roupillait encore tranquillement dans son berceau puis ne tarda pas à se lever. Une fois debout et alors qu'elle s'apprêtait à aller chercher de quoi se remplir le ventre histoire d'éviter de finir en hypoglycémie, la jeune femme remarqua que son fils grimaçait et s'agitait légèrement. Elle s'immobilisa quelques secondes, retenant sa respiration. Fausse alerte. Claire préféra toutefois s'éloigner en marche arrière. Mauvaise idée. Au bout de quelques pas, elle heurta quelque chose, ou plutôt quelqu'un. La jeune australienne se retourna aussitôt avant de se confondre en excuses.

CLAIRE - Je suis désolée!

Claire recula d'un pas afin de rendre son espace vital à celle qu'elle venait de bousculer. Il s'agissait d'une jeune fille qui devait avoir une quinzaine d'années. Elle l'avait déjà vu quelques fois sur la plage, de loin. Sa stature svelte, ses traits fins et sa peau lisse trahissaient son jeune âge. Toutefois, ce qui se dégageait de ses yeux bleus était d'une expressivité rare venant de la part d'une adolescente. Son regard était le reflet d'une certaine maturité, il appartenait à quelqu'un qui avait vécu. La jeune femme retrouvait en quelque sorte la gamine qu'elle était il y a quelques années dans cette description et c'est probablement pour cela qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un élan de sympathie envers cette jeune fille sans même avoir échangé un mot avec elle. Claire sourit puis lui tendit sa main.

CLAIRE - Je m'appelle Claire!


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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Mer 13 Oct - 18:27
Joy, à force d’écouter le brouhaha et de fixer le mouvement infini des vagues, s’était enterrée dans une rêverie floue qui avait rendue le monde qui l’entourait cotonneux. Elle ne percevait de l’extérieur que des vibrations diffuses et elle ne voyait plus que le mouvement bleu partout. Elle s’était perdue dans une sorte d’intermédiaire entre le sommeil et l’éveil. Toutes les choses à quoi elle pensait se manifestaient dans son oreille comme si elles avaient été là. Mais le temps qu’elle s’en rende compte, elles étaient parties. La voix de sa tante, la lumière de l’asile, les murs de son lycée, le regard de la prof de math… Tout se succédait dans un désordre étudié dont seul son inconscient avait le secret. Alors qu’elle dérivait tranquillement elle sentit un coup violent, donc la puissance fut décuplée à cause de son retour brutal à la réalité. Elle manqua de tomber à la renverse mais eu le réflexe de soutenir son corps avec sa main gauche. Elle tourna la tête en direction de l’élément déclencheur. C’était une petite jeune femme blonde. Elle faisait partie des « anciens survivants » de l’île. Elle s’excusa et finalement sourit en lui tendant la main. Claire…

Claire était un joli prénom. Joy n’aimait pas les prénoms à rallonge car elle ne les retenait pas. A la limite, ça ne dérangeait personne. En effet Joy étant une ermite évitant tout contact oral avec les gens, elle n’avait pas à prendre un air gêné lorsqu’il lui arrivait d’oublier les prénoms de ses interlocuteurs. Elle avait résolue cette équation difficile en supprimant l’élément « interlocuteur » purement et simplement. Mais maintenant que sa survie dépendait des autres, comme résoudre cette nouvelle équation ? Elle était définitivement nulle en math. En fait ses pensées étaient embrouillées à cet instant précis. Elle venait de se rendre compte qu’elle devait dire quelque chose. Son cerveau venait de se mettre en alerte rouge. Pour l’instant ça allait, elle ne lui demandait que son prénom. C’était facile à dire, mais après ? Après elle lui débiterait les banalités d’usage : comment ça va, tu viens d’où, tu as une tente, où tu vas dormir, tu veux manger, boire, tu es toute seule, et blablabla blablabla… Ce à quoi Joy répondrait avec un air concentré, réfléchissant à une technique d’évitement.

Elle aurait espéré passer entre les mailles de filet quelques jours, sans parler à personne, le temps pour elle de réfléchir à ce qu’elle pouvait faire pour essayer de se constituer un cercle de confiance assez fiable pour ne pas ébruiter son handicape. Mais là, elle se retrouvait au pied du mur. L’heure était arrivée bien plus vite qu’elle ne l’aurait cru en fait.

Elle se releva et serra la main de la petite blonde. Elle baissa les yeux et d’une petite voix elle dit en une expiration rapide et pressée.

Joy.
Puis elle tourna la tête vers la plage. La regarder dans les yeux ne ferait que l’encourager à continuer la conversation. Joy priait intérieurement pour que la petite blonde ai quelque chose à faire et parte sans espérer qu’elle l’accompagne. C’était dommage, elle avait l’air sympathique et gentille. Mais elle était encore euphorique du crash et essayer de dire deux mots à la suite serait un véritable désastre. D’ailleurs, en serrant la main de Claire elle se rendit compte qu’elle tremblait encore un peu. Sa respiration était un peu saccadée ce qui serait un élément aggravant à son bégayement.

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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Dim 17 Oct - 12:39

Un léger vent de mer s'était levé sur la plage et faisait doucement voler les quelques cheveux qui s'étaient désolidarisés de la masse de la chevelure de la jolie blonde. La relative fraîcheur qui caractérisait cette matinée avait poussé les habitants de l'île à se mettre à l'ouvrage et la plage s'était rapidement transformée en chantier de construction. Claire avait déjà passé un certain temps à observer les nouveaux arrivants. Elle s'était rapidement habituée à leurs visages et elle s'efforçait de mettre un nom sur chacun d'entre eux sous les plus brefs délais. Depuis le second crash, la jeune femme se demandait quel serait l'impact de leur arrivée sur la dynamique du groupe car, il ne fallait pas se leurrer, il y en aurait forcément un. Depuis que le vol Oceanic 815 s'était écrasé sur l'île, les rôles s'étaient rapidement et naturellement distribués au sein de la petite communauté des rescapés. Il y avait eu quelques heurts, querelles de pouvoir et autres éclats de testostérone mais globalement, chacun avait plus ou moins fini par trouver sa place. Désormais, il faudrait composer avec d'autres personnalités. Pour le moment, les nouveaux étaient encore sous le choc et ils n'avaient guère eu le temps de prendre leurs marques au sein du microcosme mais des âmes de leader finiraient nécessairement par émerger du lot et par remettre en cause l'ordre établi.

La jeune femme n'avait quant à elle pas grand chose à craindre. Elle se situait en marge de ce genre de conflits et le pouvoir dont elle disposait était bien plus subtil. Elle était influente. Elle préférait les discussions privées aux grands discours et pouvait aussi bien faire adhérer ses congénères à une idée que distiller le doute dans leurs esprits. Certes, Claire n'avait pas une réputation de leader et son statut de maman à plein temps la tenait à l'écart des différentes missions mais cela ne l'empêchait pas de garder un oeil vigilant sur la tournure des événements et d'hausser le ton lorsqu'une décision ne lui convenait pas. Son interlocutrice saisit sa main puis lui indiqua son prénom. Joy. C'était joli, un peu en décalage avec ce qui semblait émaner de la jeune fille mais joli. Claire sourit.

CLAIRE - Enchantée!

En serrant sa main, la jeune australienne remarqua que celle-ci était quelque peu tremblante. Elle fronça légèrement les sourcils pendant quelques secondes avant de lui rendre sa main. Son attitude entière trahissait un certain malaise. Elle devait encore être sous le choc. Stress post traumatique ou quelque chose du genre. Les médecins aiment bien mettre des noms sur tout et n'importe quoi. C'était compréhensible. Les anciens aussi étaient légèrement secoués mais, comme on dit, ils en avaient vu d'autres et commençaient à être endurcis face aux facéties que leur réservait l'île. Joy tourna le regard vers l'océan. Claire l'imita, se plaçant à sa gauche. Elle l'avait déjà aperçue quelques fois, jamais accompagnée. La jeune femme commençait donc à se supposer qu'elle soit véritablement seule sur cette île. Cette situation était atroce à vivre pour un adulte. Elle n'osait imaginer ce que ça devait être pour une adolescente. Claire décida de lui lancer une perche afin qu'elle sache qu'elle avait au moins quelqu'un à qui parler.

CLAIRE - Tu tiens le coup?
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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Mer 20 Oct - 14:19
L’agitation ambiante était assez dérangeante. En fait c’était plus le fait que ces gens vivaient leur vie tranquillement qui était dérangeant. Elle ne voyait nulle part de radeaux construits avec la force du désespoir. Où était l’immense SOS se profilant sur toute la longueur de la plage ? Où était les cartes de l’île dessinaient en espérant tomber sur une île connue ? Et les téléphones à longue distance qu’ils auraient fabriqués en utilisant tout ce qu’ils avaient sous la main ? Il n’y avait simplement rien de tout cela. Ou alors, pas exposé ici… Mais à quoi passaient-ils le temps alors ? Est-ce qu’ils… Avaient abandonnés l’espoir d’un jour s’en sortir, partir loin d’ici ?

Joy qui aimait l’aspect camouflage de la foule et la solitude qu’offrait sa chambre, dans cet espace bâtard et sans limites, elle se sentait prise au piège dans la vie communautaire. Elle savait parfaitement que des limites faites en bâche ou en tissus ne reconstituerait jamais l’intimité qu’elle attendait. Pire, s’isoler ne ferait que provoquer les gens gentils et sociables. Ces gens étaient vraiment gentils, sympathiques et tout ce que vous voulez… Mais Joy n’avait pas besoin d’être exposée aux yeux de tout le monde. Elle préférait l’intimité des faibles groupes d’amis. Elle savait surtout trop bien combien le fait d’être en groupe pouvait exclure rapidement les personnes en marge de la société. Joy était un joli exemple de cette mise au banc.

La communication résidait dans chaque aspect sociable et personnel de la vie. Aller chercher son pain, faire les courses, aller au lycée, prendre le train, partir en vacance… On était sans cesse sollicités par les gens et on ne pouvait que leur répondre et communiquer à son tour. Joy rêvait déjà d’une société où tout se passerait par l’informatique et l’écriture. Plus de «B…B…Ba…Bagu…Gu…Gugu…Ette ! » à demander. Plus jamais.

A une époque, Joy ne faisait que montrer du doigt. Elle en avait marre des regards tantôt gênés et amusés des gens qui l’entouraient. Mais son autisme n’était d’autant plus choquant que les personnes habituelles s’attendaient au bruit saccadé de sa voix. Souvent, les commerçants se trompaient (exprès ou pas) et forçaient finalement la jeune fille à ouvrir la bouche.

Un orthophoniste ? Ouai ça aurait été la solution. Mais clairement, Joy avait attendue trop longtemps. C’était sa vie en fait : elle attendait, trop longtemps. Et là, elle attendait encore. La gentille petite blonde venait de lui demander si elle tenait le coup. Ca lui faisait chaud au cœur, vraiment. Elle aurait aimé le lui dire. Tout ce qu’elle aurait voulu lui dire… Merci, merci de lui prouver qu’elle n’était pas transparente, qu’elle n’était pas seule, qu’elle s’inquiétait pour elle… Mais elle avait une barrière tremblante qui bloquait les mots dans sa gorge. C’était une sorte de hachoir qui découpait chaque syllabe en plusieurs fois…

Et cette hache, elle l’empêchait de se faire des amis, elle l’empêchait de faire tout ce qu’elle aurait voulu faire… Elle l’empêchait de vivre tout simplement. Alors, comme d’habitude, elle allait faire autrement. Elle allait contourner le problème…

Elle hocha la tête en lançant un regard à la petite blonde. Elle était mignonne, vraiment. Son regard fut attiré par quelque chose d’autre derrière elle. Un berceau ? Il y avait un bébé sur l’île ? Comment avait-il fait pour survivre ? Et sa mère, ce n’était pas cette femme devant elle ? Elle fronça les sourcils en fixant le berceau.
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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Ven 22 Oct - 20:01
La jeune australienne tourna la tête vers son interlocutrice, guettant sa réponse. Cette dernière s'enquit d'opiner du chef en lui lançant un regard légèrement furtif. Claire l'imita, hochant à son tour discrètement la tête puis esquissa un léger sourire. Joy restait silencieuse et adoptait une attitude quelque peu fuyante. La jeune femme préféra donc ne pas insister, mettant son comportement sous le coup du stress.

Se retrouver témoin des réactions des nouveaux rescapés face au drame mettait Claire dans une étrange situation. Elle ne se rappelait que vaguement de l'état dans lequel elle était au lendemain de son propre crash et elle avait l'impression de revivre ces moments par procuration, avec une distance agréable et dérangeante à la fois. En effet, les souvenirs qu'elle était parvenue à retrouver après son amnésie étaient plus factuels que teintés d'émotion. Quelques bribes d'empreintes de sensations datant des premiers jours lui revenaient parfois lorsqu'elle se trouvait dans certaines situations précises, comme c'était le cas depuis le crash du Skyservice, mais un voile masquait toujours leur intensité. En revanche, elle n'avait qu'à fermer les yeux et à penser au jour où Locke l'avait ramenée au campement quinze jours après son enlèvement pour ressentir à nouveau l'atroce et angoissante impression d'être jetée tête la première dans un précipice qui l'avait envahie lorsqu'elle s'était réveillée au milieu d'inconnus et que Jack lui avait décrit la situation dans laquelle elle se trouvait. La jeune femme s'était souvent trouvée désemparée au cours de sa vie mais elle n'avait jamais ressenti cette sensation d'une façon aussi prégnante que ce soir d'octobre. Depuis, Claire vivait dans une certaine ambivalence. Elle gardait au fond d'elle la volonté et l'espoir de s'échapper de cette île mais, paradoxalement, elle ne regrettait pas une seule seconde d'avoir embarqué à bord du vol Océanic 815. Sans ce crash, elle ne serait probablement pas devenue mère. Désormais, Aaron lui donnait la force de se battre au quotidien et de tout faire pour s'en sortir. Sans lui, tout aurait été différent.

Un silence s'était installé entre les deux jeunes femmes. Claire en profita pour laisser son regard glisser d'un bout à l'autre la plage. Il était clair que certains anciens évitaient les nouveaux arrivants. Claire pouvait tout à fait le concevoir. A vrai dire, tous les ex passagers du vol Oceanic 815 étaient partagés entre leur sens moral qui les poussait à s'occuper des personnes qui venaient de débarquer en faisant preuve de solidarité et d'hospitalité, et l'irrationnelle idée selon laquelle ces derniers étaient coupables d'avoir ruiné leur plus belle chance de rentrer chez eux. Dans les yeux des anciens, chaque passager du vol Skyservice portait bien malgré lui la marque d'un espoir déçu. Retour à la case départ. Claire tentait tant bien que mal d'en faire abstraction. Les derniers arrivés étaient encore choqués et n'avaient pas besoin de se faire blâmer sans réel fondement par des regards accusateurs. Alors qu'elle sortait de ses songes, la jeune femme remarqua que l'attention de Joy était portée sur Aaron. La jeune australienne sourit et se tourna vers le berceau.

CLAIRE - Oh, c'est mon fils! Aaron.

Claire anticipait déjà les interrogations de la jeune fille. Mettre au monde un enfant dans de telles conditions était loin d'être évident. Jusqu'au moment ultime, la jeune femme avait d'ailleurs refusé de croire qu'elle accoucherait sur l'île, persuadée qu'elle finirait par retrouver le monde moderne d'une façon ou d'une autre. Elle ne réalisait toujours pas réellement l'ampleur du danger qu'elle avait encouru en enfantant dans des conditions quasi préhistoriques. Claire releva les yeux vers Joy et passa une main dans ses cheveux.



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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Lun 25 Oct - 8:42
L’enfant formait paisiblement. Il était blond comme sa mère et avait une bouille absolument adorable. Joy avait vu quelques bébés au long de sa courte vie. Dans tous les cas, les parents sont obsédés par la beauté de leur enfant. Bien souvent ils ne sont pas aussi merveilleux que ce que disent les géniteurs. Evidemment, le notre est toujours le plus merveilleux, le plus intelligent, le plus beau tout ça… Mais celui-là était vraiment adorable et il semblait en très bonne santé. Alors c’était donc possible de vivre normalement, sainement sur une île comme ça. Cette vision était surréaliste dans un tel endroit. Les gens ont toujours des attentes. C’est presque essentiel sinon on serait toujours étonné de tout… Et Joy s’attendait à tout sauf à voir un bébé sur cette île. C’était de plus en plus excentrique. Elle n’aurait jamais cru que survivre sur une île déserte était possible. Elle avait toujours pensé que des gens vivant comme ça auraient eu d’atroces carences ou seraient mort empoisonnés par des plantes non comestibles, bouffés par des animaux… Sa pensée rationnelle n’arrêtait pas de se faire ébranler, à chaque seconde. Elle n’arrêtait pas de faire face à des situations inhabituelles et d’après ses données statistiques immédiates, tout cela relevait simplement de l’impossible. S’écraser sur une île déjà habitée mais pas découverte, une femme qui a accouchée là… C’était fou et la tête de Joy était embrouillée en plus du choc d’avoir perdu sa tante. Elle n’avait d’ailleurs, toujours pas assimilé l’information dans sa petite tête. Ses yeux parcouraient encore les groupes de survivants espérant qu’elle en sorte pour aller lui demander si ça allait et remercier dieu qu’elle soit en vie. C’était définitivement étrange. Elle avait l’impression d’être dans une sorte de rêve. Le genre de rêve assez plausible pour nous foutre le doute au réveil. Mais le réveil commençait à tarder et il devenait de plus en plus tordu. Des informations pourtant si simples bloquaient inlassablement et ne voulaient pas s’installer tranquillement dans un coin de la tête.

Ainsi, elle avait presque mit 1 minute à assimiler l’information bébé = Aaron. Et lorsqu’il fut enfin retenu par sa mémoire à long terme elle ne trouva pas franchement quelque chose à dire. Elle aurait voulu complimenter le petit bout de choux dans son berceau et le courage de la jeune mère qui se retrouvait là, dans des conditions pas franchement bonnes pour élever son fils… Quoi que, Joy n’en savait rien après réflexion. Elle n’avait pas envisager le fait d’être mère un jour et ce n’était pas près d’arriver. Elle ne se pensait pas assez responsable ou mature pour ça. Mais elle ne pouvait que saluer le courage de Claire. D’ailleurs, c’était une des rares fois où quelque chose lui brûlait les lèvres comme ça. Elle fronça les sourcils, se pencha un peu et dit doucement pour camoufler son bégaiement :

Illl il est tr très bb beau.
Pfiou… Mission réussit. Elle avait réussit à dire ça sans trop de mal. Avec de la chance, la blonde avait entendu « beau » et avait comprit le reste de la phrase par elle-même sans trop remarquer le bégaiement. De toute façon, Joy ne le redirait pas deux fois. Elle remarqua alors que son visage était tout chaud. Elle rougissait comme c’était souvent le cas quand elle ouvrait la bouche. Ses joues et ses pommettes étaient toutes roses et elle baissa encore un peu la tête pour le cacher. Décidément, elle allait en baver sur cette île de fous. Et puis après tout, plus on est de fous, plus on rie n’est ce pas ?

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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Lun 1 Nov - 23:53
Claire s'approcha doucement du berceau et jeta un regard tendre sur son fils. Outre l'amour inconditionnel que la majorité des mères portent sur leur enfant, la jeune femme avait l'impression qu'Aaron l'avait en quelque sorte sauvée et continuait à le faire. Sans lui, elle n'aurait probablement pas eu le courage de tenir, de se battre avec autant d'ardeur contre l'adversité. Il la forçait à garder espoir, à se lever chaque matin avec un sourire aux lèvres, à rester humaine et optimiste. Elle ne pouvait pas refouler ses émotions au fond d'elle-même et s'enfermer dans des conduites stéréotypées car cela risquerait de nuire au développement affectif de son enfant. Elle se devait toutefois de se montrer forte afin qu'il sache qu'il pouvait compter sur elle, quoi qu'il arrive.

La jeune australienne se tourna vers Joy et esquissa un sourire. Elle était habituée à ce qu'on complimente son fils. Un bébé au milieu d'une île attire forcément les regards. Claire s'était rapidement rendue compte que l'existence même d'Aaron avait un impact important sur les survivants. Le fait qu'une vie puisse commencer là où tant d'autres s'étaient mises sur arrêt image ou s'étaient tout simplement éteintes ne laissait personne indifférent.

CLAIRE - Merci Joy!

On pourrait penser qu'après trois mois de vie en pleine nature, les rescapés se seraient transformés en de véritables Robinson Crusoe. Il est vrai qu'ils étaient à présent plutôt bien organisés et que certains des produits Dharma qui restaient en leur possession leur facilitaient la tâche mais il fallait toutefois avouer qu'au quotidien, ils passaient la majeure partie de leurs journées à galérer. Chaque geste de base de la vie quotidienne était devenu un véritable parcours du combattant. Se laver, manger, boire, subvenir à un besoin impérieux, soigner un bobo, tout cela nécessitait une organisation, un temps et des efforts indéniables si bien que certains survivants commençaient à se complaire dans un état d'hygiène plus que douteux. Il y avait des détails auxquels la jeune australienne n'arrivait pas à se faire mais elle s'astreignait toutefois à de nombreux rituels visant à conserver une certaine dignité conforme aux critères en vigueur dans sa vie d'avant. Il s'agissait d'une façon parmi d'autres de ne pas renoncer, de refuser de s'installer pleinement dans une existence subie qui ne la satisfaisait pas. Pour elle-même, pour Aaron.

Quoi qu'il en soit, la jeune australienne concevait totalement qu'une jeune fille comme Joy puisse potentiellement avoir du mal à s'habituer à un quotidien qu'elle même n'était encore parvenue à apprivoiser. En tant qu'ancienne, elle se devait de l'aider de son mieux.

CLAIRE - T'as eu le temps de commencer à te construire un abri?

Claire se doutait que la réponse serait négative. Les nouveaux arrivants ne s'étaient pas lancés en masse dans ce genre d'entreprise, préférant le temporaire au confortable. La jeune australienne interprétait cela comme une sorte de déni. Or, ils devraient tôt ou tard se faire à l'idée qu'ils risquaient de rester coincés ici pendant un bon moment et commencer à s'installer, aussi douloureux soit-il de renoncer à l'espoir d'être rapidement secourus.


Dernière édition par Claire Littleton le Mer 10 Nov - 22:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Ven 5 Nov - 13:31
La femme sourit en regardant son enfant. C’était un vrai mystère quand même. D’où venait tant d’amour maternel ? Est-ce que toutes les femmes étaient capables d’aimer sans condition leurs enfants comme ça ? Pas toutes hélas… Mais alors d’où ça venait ? Joy se demandait même si un jour elle arriverait à donner naissance à un enfant et à l’aimer. Mais là n’était pas la question. La question à 32 000 dollars était : est-ce qu’elle arriverait à s’intégrer ? Ca semblait bien partit mais peut être qu’elle était tombée (par chance) sur une personne particulièrement gentille et peut être que les autres étaient tous un peu je-m’en-foutiste sur les bords ou carrément méchants. Rester sur une île si longtemps et espérer autant de temps, ça pouvait réanimer des instincts enfouis et oubliés. Ca pouvait rendre fou après tout… Joy n’en était pas (encore) arrivée là mais elle sentait pointer en elle une drôle de sensation de peur mêlée à de l’excitation. L’appréhension de l’avenir était incertaine et en même temps agréable. Plus de devoirs à faire… He oui, Joy n’étant qu’une adolescente, ses préoccupations étaient largement au-delà de celles que pouvait avoir un adulte. Peut être qu’elle aurait enfin un répit, des sortes de vacances un peu typée « aventures » mais des vacances quand même.

Le soleil lui chauffait agréablement le visage. Cela faisait tellement longtemps qu’elle habitait sous le soleil qu’elle en avait oublié cette sensation. Et alors que l’adrénaline retombait doucement, elle entendait les oiseaux. Il n’y avait plus de bruits de voitures, bus, de foules hystériques, de klaxons, de radios allumées à fond. Juste un bruit de vie tranquille au bord d’une plage. Et ça, c’était rare quand même. Assez rare pour que Joy ne se souvienne même plus de la dernière fois qu’elle avait entendu autant de silence comme ça.

La petite blonde n’avait toujours pas relâchée l’attention qu’elle lui portait. Et ça déstabilisait un peu Joy d’ailleurs. Elle avait tendance à ne susciter aucunement l’attention des gens. Elle était comme transparente et les gens passaient sans la voir et elle se contentait d’avancer sans rien attendre des gens. Là elle devait soutenir une sorte de conversation avec quelqu’un qui s’intéressait sincèrement (enfin, elle espérait) à elle. D’habitude c’était sa tante qui lui parlait sans jamais attendre aucune réponse orale de sa part, elle se contentait de faire des monologues très longs et souvent très drôles. Ca devait aussi être dure pour elle de parler à une sorte de mur… Claire l’a tira de ses pensées. Un abri ? Les premières heures elle s’était dit que les secours allaient arrivés, puis les anciens étaient arrivés et finalement, elle avait été trop troublée par tout ça pour entamer quoi que ce soit. C’est ainsi que Joy secoua négativement la tête d’un air désolé. Elle avait l’air d’une gamine qu’on devait assister et elle n’avait pas vraiment envie de tout ça. Mais elle n’allait pas lui expliquer qu’elle voulait essayer de le faire toute seule, il faudrait pour cela être capable de le dire. Tout devenait tellement compliqué lorsqu’il s’agissait de communiquer…

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MessageSujet: Re: La cacophonie du matin [Claire]   Jeu 11 Nov - 0:56
Claire hocha légèrement la tête face à la réponse gestuelle négative de Joy. Outre la signification symbolique de l'installation, construire un abri potable était une tâche relativement ardue et s'en sortir seul n'était pas évident. Or, la jeune fille semblait quelque peu perdue au milieu de tout ce bordel. Cela n'avait rien de bien surprenant. Par chance, elle n'avait probablement pas encore eu à affronter les caprices et dangers de l'île. Claire craignait toutefois que cela finisse par arriver et ce plus tôt que tard. Ce sujet était quelque peu tabou entre les nouveaux et les anciens. Les passagers du Skyservice dotés d'un bon sens de l'observation se doutaient que les survivants de l'Oceanic n'avaient pas passé trois mois à se dorer la pilule sur la plage et que le détail de leur séjour sur l'île comportait encore de nombreuses zones d'ombres mais, globalement, ils ne semblaient pas encore assez à l'aise pour les questionner ouvertement. Le moment de mettre les nouveaux rescapés au courant arriverait toutefois inexorablement. Leur sécurité en dépendait.

CLAIRE - Je comprends. Tu dois avoir la tête ailleurs. Moi aussi je...

Claire s'arrêta soudain et fixa la jeune fille pendant quelques secondes. Elle venait de se rendre compte que son interlocutrice était tout sauf loquace et que, finalement, elle menait seule la conversation depuis un bon bout de temps. Joy se contentait de lui répondre d'un balbutiement ou d'un signe de tête. Sans véritablement s'en rendre compte, la jeune australienne s'était mise en mode pilote automatique réglé sur l'option monologue et n'attendant pas de réponse, attitude qu'elle était habituée à adopter dans un contexte bien différent. Dans une chambre d'hôpital, entre le bruit du respirateur artificiel et celui de la pompe, devant le corps inanimé de sa mère inconsciente auquel elle s'évertuait de raconter sa journée et de parler de la pluie et du beau temps. Bien joué. Claire venait de lever le voile qui opacifiait une partie de son histoire qu'elle aurait bien aimé voir rester reléguée dans un coin de son esprit pendant un peu plus longtemps.

Sa mère. Claire y pensait souvent, quotidiennement même. Alors qu'elle s'était en quelque sorte accoutumée à son état comateux ou plus exactement armée de façon adéquate afin de pouvoir y faire face, sa grossesse avait tout chamboulé. Toutes ses défenses s'étaient écroulées et elle s'était retrouvée face à elle-même, face à la réalité brute, dans toute son atrocité, face à des émotions tellement particulières qu'elles ne pouvaient guère être exprimées avec exactitude. Les savants appellent cet état "transparence psychique" paraît-il. Quoi qu'il en soit, le crash et la nécessité de se concentrer sur sa survie l'avaient détournée de ses états d'âme. Toutefois, la routine s'étant plus ou moins installée sur l'île, sa jeune maternité faisait à nouveau écho à de nombreuses représentations via des pensées et sensations plus ou moins agréables.

La jeune australienne tenta de chasser ses peurs et sa culpabilité de son esprit et reporta son attention sur Joy, lui adressant un léger sourire. Elle se demandait pourquoi cette dernière avait tant de mal à communiquer. Elle était probablement traumatisée par le crash, c'était la raison la plus évidente. Peut-être était-ce à cause de son jeune âge. Peut-être avait-elle perdu quelqu'un de cher dans l'accident. Claire se mordit légèrement la lèvre inférieur. Il se pouvait qu'elle soit en train de bassiner Joy avec des histoires de bébés et de cabanes alors qu'elle était en plein deuil. Brillante délicatesse. La jeune femme se rassura en se disant que dans ces situations, il était parfois préférable de reposer son esprit en détournant dans la mesure du possible son attention de pensées potentiellement obsédantes par quelque moyen que ce soit. Claire prit une allure et un ton dynamiques tout en haussant les sourcils.

CLAIRE - Bref. Tu veux qu'on s'y mette? Je ne suis pas la meilleure bricoleuse de l'île mais je me défends!
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La cacophonie du matin [Claire]

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